ELLE NOUS A LAISSÉS
AUJOURD'HUI
Parisa
Elle a 18 ans et est arrivée à l'hôpital d'Herat il y a
dix jours, avec 95% de son corps brûlé par auto-immolation.
Lorsque son père est mort, du temps des Talibans, la
mère est partie avec ses enfants encore très jeunes
travailler en Iran, où Parisa a pu aller à l’école (jusqu’à
la 4e primaire) avec ses deux grandes sœurs.
Elle s’est mariée à 16 ans avec un cousin direct de deux
ans plus âgé qu’elle. Il travaille dans une boulangerie
et est analphabète. D’après Parisa, il souffre d’un
certain retard mental dû aux mauvais traitements que son
père lui infligeait lorsqu’il était petit. Ils vivent
avec les beaux-parents et les quatre beaux-frères encore
enfants. Le beau-père a un petit commerce d’alimentation.
Après seulement trois mois de mariage, son mari a
commencé à la maltraiter tous les jours. Elle semble
l’en excuser à cause de sa déficience mentale. Dans la
maison il y a deux groupes: celui des hommes et celui
des femmes (la belle-mère, qui est aussi sa tante, prend
toujours sa défense), mais les hommes refusent de
subvenir aux besoins des femmes (nourriture, vêtements,
de quoi se chausser) et leur interdisent de circuler
librement.
La mère de Parisa avait essayé plusieurs fois
d’intervenir dans le conflit en intercédant auprès de
son beau-fils. Elle en est même arrivée une fois à le
dénoncer à la police. Ceux-ci l’ont emmené au
commissariat où ils l’ont tabassé et ensuite l’ont
ramené à la maison. La situation ne s’est pas améliorée,
au contraire.
Le beau-père avait dit à son fils que s’il ne tuait pas
Parisa, lui-même s’en chargerait.
Le jour où Parisa s’est enflammée, sa mère avait été de
nouveau à sa maison pour parler avec son beau-fils, ce
dernier et son père l’ont battue et l'ont chassée de la
maison. Ils ont ensuite interdit à Parisa et à son fils
de 50 jours d’aller avec elle. Le beau-père a fermé la
porte à clef et Parisa s’est enduit tout le corps
d’huile de cuisine et a commencé à menacer de s’immoler
s’ils n’ouvraient pas la porte pour la laisser passer.
Son beau-père lui a répondu qu’elle pouvait faire ce
qu’elle voulait, que ça lui était égal d'aller en prison.
Parisa l’a fait. La belle-mère et un cousin l’ont
secourue et emportée à l’hôpital.
Le mari et le beau-père ont été incarcérés, mais ils
semblent avoir été déjà libérés. La belle-mère/tante
s'occupe du bébé. Parisa a peu d’espoir, mais si elle
sort, elle dit qu’elle ira vivre avec sa mère. Les
médecins nous répètent qu’il n’y a pas d’espoir, nous,
nous l’avons toujours, aujourd’hui elle a mangé un peu
et marché aussi un peu.
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